Derrière les prouesses esthétiques, Yorgos Lanthimos ne saurait-il plus quoi raconter ?
Teddy et son cousin Don kidnappent Michelle Fuller, PDG d’une entreprise pharmaceutique, persuadés d’après des informations trouvées dans les méandres d’internet qu’elle est une extra-terrestre. Ils la séquestrent dans le sous-sol de leur maison et lui rase le crane, convaincus qu’elle communique avec ses semblables grâce à ses cheveux. Commence alors un huis clos mélangeant gore et humour noir.
Tout était là pour plaire à ceux qui aiment le cinéma de Lanthimos : son égérie Emma Stone, son style baroque, Jesse Plemons en personnage principal, des acteurs et actrices qui livrent des performances démentielles, entièrement investis, et un film qui aborde des thématiques de société actuelles. Pourtant le film s’enlise dans un huis clos excessivement bavard sans même réussir à masquer l’impression qu’il passe à côté de son sujet. Lanthimos ne fait qu’esquisser un portrait de l’Amérique Trumpiste, gangrenée par le complotisme, la défiance envers les élites, et effleure seulement des thèmes lourds comme l’industrie pharmaceutique, et leur responsabilité quant à la mort de milliers de personnes.
Bugonia donne parfois l’impression d’un film qui recycle des motifs déjà explorés, comme une variation formelle brillante mais sans grande conviction. Certes, la mise en scène est réussie mais l’ensemble demeure inégal. Dès lors, le film finit par devenir anecdotique, presque oubliable, une œuvre qui intrigue sur le moment, mais dont il ne reste finalement pas grand-chose.
Par Lucile Deshayes

