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L’Etrange Affaire Angélica : Aimer une morte, et continuer malgré tout

Morte. Son corps est déjà rendu au silence. Puis elle sourit. Un sourire, irrévocable. À partir de ce moment, plus rien ne tient : ni le réel, ni le temps. L’Étrange Affaire Angélica commence là où toute raison devrait s’arrêter

Avec L’Étrange Affaire Angélica, Manoel de Oliveira signe un film vertigineux, radical, qui ose placer l’amour exactement là où il ne devrait jamais naître. Non pas dans la promesse, mais dans l’absence. Le film avance comme une obsession, une fièvre, portée par un regard qui se perd et ne retrouve plus jamais son point d’ancrage. Rien ne crie et rien ne force. Le fantastique n’explose jamais mais il s’infiltre. Il glisse entre les silences, la répétition des gestes, l’immobilité même des plans. Oliveira retient le temps jusqu’à l’inconfort, comme pour nous faire ressentir viscéralement ce que signifie désirer quelque chose qui échappe, qui se dérobe, qui n’appartient déjà plus au monde.

Le film devient alors une expérience hypnotique. Chaque image a l’air hantée par ce qu’elle ne peut contenir. Le fait de poser son regard, photographier, filmer ne sont plus des actes innocents, mais des tentatives désespérées pour nier la disparition. Une œuvre tardive mais pourtant brûlante, L’Étrange Affaire Angélica est un chant funèbre murmuré à voix basse. Un film qui ne séduit pas mais s’imprime. Il dérange et rappelle, avec une douceur cruelle, que certaines images nous regardent bien après que l’écran se soit éteint.

Par Claire Kobloth

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